Par Stéphanie Joalland –  Ceci est une traduction de mon article publié par Raindance.

En début d’année beaucoup de scénaristes se lancent dans l’écriture d’un nouveau scénario pour tenir leurs résolutions du nouvel an. Du coup, je me suis dit qu’une piqûre de rappel pourrait être utile avant que vous ne vous embarquiez dans l’écriture du scénario “high concept” plein de courses-poursuites effrénées et de décors hallucinants que vous avez en tête.

1. Il y a plus de business que de show dans le show-business!

Ces dernières années j’ai lu beaucoup de scénarios en tant que script doctor pour Raindance Toronto et force est de constater qu’une minuscule poignée d’entre eux pourraient voir le jour pour moins d’un million de dollars. La grande majorité des projets nécessitent bien plus de 10 millions de dollars, quand ce ne sont pas des sommes considérables comme 20 ou 50 millions. Généralement, quand je lis des scénarios futés de films qui pourraient être produits à petit budget, ils sont écrits par des auteurs-rééaliser eux-mêmes, ont déjà quelques œuvres à leur actif et sont trèètement ignorer le fait que chaque ligne de leur scénario a un coût, que la décision d’investir dans un projet ou non prend en compte les forces du marchéès, très difficile de monter un film. Peut-être parce que les médias nous donnent l’illusion que tout est strass et paillettes dans ce méommets de la gloire Hollywoodienne. Alors la pilule est amère quand, des dizaines de lettres de refus plus tard, ils réêéalité dont il faut mieux êère de scénariste.

Bien sûr nous avons tous entendu parler des prix de ventes mirobolants de certains scénarios écrits en spec aux Etats-Unis mais regardons la réalité en face: ces ventes sont rares. Sur les milliers de scénarios écrits en spec en 2012 seuls 99 d’entre eux ont été vendus aux studios d’après la célèbre Black List  américaine. Même Kevin Grevioux qui s’est bâti une solide réputation dans l’industrie depuis «Underworld» a du d’abord s’atteler à la création d’un roman graphique pour pouvoir vendre le scénario d’“I-Frankenstein”. Si vous écrivez un film à gros budget qui coûte 100 millions et nécessite Tom Cruise vous vous retrouvez avec seulement une poignée de studios et de réalisateurs capables de le porter à l’écran. Et si vous écrivez un film de budget intermédiaire la situation n’est pas réjouissante non plus vu qu’Hollywood a tendance à privilégier les blockbusters tandis que les producteurs indépendants, eux, voient leurs budgets se rétrécir comme peau de chagrin des deux côtés de l’Atlantique. Même le cinéma français, jusqu’à présent enfant gâté du 7ème art plus protégé des forces du marché que ses confrères anglo-saxons, va devoir revoir à la baisse ses budgets souvent excessifs.

2. Ecrivez les histoires qui vous tiennent à cœur…

Ceci dit, si tout n’est pas rose tout n’est pas noir non plus et loin de moi l’envie de jouer les prophètes de malheur. Je ne suis pas en train de vous dire de ne surtout pas écrire une histoire qui vous passionne. Cette histoire pourrait trouver preneur ou, soyons plus réalistes, gagner une compétition, vous aider à trouver un agent ou un manager qui pourront à leur tour vous mener vers des travaux de commande prestigieux et des projets qui aboutissent. Après tout, c’est exactement ce qui est arrivé à Evan Daugherty qui a écrit  «Blanche-Neige et le chasseur» (une des ventes de scénario en spec les plus mirobolantes de ces dernières années) ou à Jon Spaihts, engagé par Ridley Scott pour écrire l’histoire de “Prometheus” grâce à un scénario appellé Shadow 19 qui n’a jamais vu le jour. Donc, si une histoire vous tient vraiment à cœur, écrivez le scénario, perfectionnez-le, envoyez-le, participez à des compétitions et voyez ce que ça donne. Soyez juste conscients que la probabilité de vendre ce scénario et de le voir finir sur un écran est un peu près la même que celle de toucher le jackpot au loto. Il n’y a rien de mal à jouer au loto mais j’imagine que vous ne voulez pas passer votre vie à attendre que la chance vous sourit alors c’est pourquoi…

3. Il ne faut pas mettre tous vos oeufs dans le même panier!

Une fois ce scénario ambitieux livré aux caprices du marché prenez le tempsde bien penser à votre prochain projet. Est-ce que ça va être un film d’époque complètement fou, avec des batailles épiques en toile de fond, le château de Versailles en décor principal et le budget qui va avec? Hum, peut-être pas. Alors pourquoi ne pas cesser de croire au prince charmant et écrire un scénario malin à la place? Pourquoi ne pas écrire un projet de film réalisable à petit budget, c’est-à-dire un film qui pourrait se faire pour un budget de l’ordre de quelques dizaines de milliers de dollars à un million? Un scénario bien ficelé qui peut se faire à petit budget vaut de l’or dans cette industrie. Pourquoi? Parce qu’il est alors bien plus facile pour un producteur de trouver le financement et de recouper l’investissement de ses financiers. Et quoi de mieux pour sortir du lot que de montrer que vous êtes conscient de la réalité financière de la production d’un film? Maintenant les producteurs seront sûrement plus susceptibles de lire votre travail parce que tout le monde est à l’affût d’un bon projet qui peut se faire à petit budget. Et les réalisateurs seront alléchés car c’est un film qui pourrait rapidement obtenir le feu vert des investisseurs au lieu de rester en bas de la pile de leurs projets en développement.

4. Ecrivez en gardant le budget en tête.

Minimisez vos personnages, décors, effets visuels et cascades, soyez au fait de l’industrie, de ce qui coûte de l’argent ou non (je vous recommande la lecture de Dov SS Simen’s «From Reel to Deal – Everything You Need to Create a Successful Independent Film») et vous aurez entre vos mains un scénario parfait pour une  production à petit budget. Et si c’est une bonne histoire, ce qui est une condition sine qua non bien sûr, votre scénario devrait créer un bel élan d’enthousiasme. C’est ce qui s’est passé quand j’ai écrit le scénario de «The Quiet Hour», un thriller de science-fiction que j’ai réalisé l’été dernier en Irlande, une histoire minimaliste de survie qui se déroule dans une ferme isolée avec une mystérieuse invasion extraterrestre en toile de fond. Du coup parce que c’était très faisable cela n’a pris que quelques mois à mon producteur pour trouver les financements aux Etats-Unis et en Europe.

Comme quoi, quand je dis petit budget cela ne veut pas dire que vous devez renoncer à vos aspirations artistiques et éérie B (à moins que ce ce soit ce qui vous passionne bien sûr, et il n’y a pas de mal à ça!). Restez fidèles aux univers que vous aimez explorer. Quelques exemples anglo-saxons me viennent à l’esprit: «Buried”, “Another Earth”, “Sex, Lies & Videotapes”, “Eden Lake”, “The Disappearance of Alice Creed”. Ce dernier, un film anglais qui a cartonné, est une histoire de kidnapping écrit par J Blakeson. Assumant (à tord) que personne ne financerait son premier film il avait écrit un scénario minimaliste pour le tourner avec des amis comédiens dans son appartement. Le projet fut au final produit par CinemaNX avec des acteurs connus et de vrais décors. Et voilà, le tour était joué! Etudiez les maîtres du 7ème art aussi. Laissez vous inspirer par les joyaux de minimalisme cinématique tels que la «La corde» ou «Lifeboat – les naufragés» par Alfred Hitchcock. Regardez aussi les adaptations de pièces de théâtre de Roman Polanski comme “La Jeune Fille et la mort” ou «Carnage», etc.

5. Un bon scénario de film à petit budget met en valeur votre talent!

Un autre atout de ce genre de scénarios est qu’ils mettent en valeur votre talent de scénariste. Tout le monde sait qu’il n’y a rien de plus dur que d’écrire une histoire qui se déroule dans un ou deux décors, donc si vous réussissez votre coup cela pourrait bien vous ouvrir des portes. Qui sait ce qui pourrait se produire si comme Chris Sparling vous réussissez à éé«Buried» est exemple un peu extrême, votre déêtre aussi réduit!).

Et puis surtout écrire un scénario qui peut se faire à petit budget ne vous empêche pas de lui attacher des acteurs “bankables”. Dan Mirvish, le co-fondateur de Slamdance aux Etats-Unis, a récemment écrit un article vraiment inspirant sur ce sujet. Je vous l’accorde, son scénario est adapté d’une pièce connue de Broadway mais rien ne vous empêche d’écrire une histoire tout aussi bien ficelée. Et remarquons au passage que lui aussi a eu du mal à monter son film, tant et si bien qu’il a fini par faire son second film pour 40.000 dollars. Quand je vous dis que c’est un monde sans pitié…

L’essentiel est bien sûr de trouver une idée qui accroche, et il est indéniable qu’il peut être frustrant de devoir garder ces restrictions budgétaires à l’esprit quand vous faites une séance de remue-méninges, l’imagination ayant tendance à s’égarer sans retenue. Mais soyez patient et une bonne idée viendra. Après tout, faire ce film et le promouvoir prendra deux ans de la vie de votre producteur alors cela vaut la peine de tester vos idées auprès de vos amis et de vos pairs, et pourquoi pas, de former un atelier d’écriture avec des scénaristes qui partagent vos aspirations (et qui comprennent les contraintes des films à petit budget). Maintenant il ne vous reste plus qu’à écrire, et ré-écrire encore et encore jusqu’à ce ce scénario soit fin prêt!

Chers auteurs, j’ai hâte de lire les histoires futées que cet article vous inspirera car il est temps que vous mettiez toutes les chances de votre côté!

Stéphanie Joalland

www.thescriptologist.com

LISTE DES LIENS/HYPERLINKS:

Stéphanie Joalland: http://www.raindance.org/toronto/script-consultancy/

Raindance: http://www.raindance.org/reality-check-why-scribes-should-also-write-lo-to-no-budget-movies/

Black List:

http://gointothestory.blcklst.com/2012/07/the-definitive-spec-script-sales-list-1991-2012-2012.html

cinéma français:

http://watchingamerica.com/News/229477/2013-the-crisis-of-french-cinema-and-the-triumph-of-hollywood/

«The Quiet Hour»: http://www.imdb.com/title/tt2645188/

article : http://filmmakermagazine.com/72600-13-ways-to-cast-a-list-actors-in-microbudget-films/#.Ut_IUP04mCQ

www.thescriptologist.com: http://www.thescriptologist.com

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About 

Baptiste is Raindance's Postgraduate Degree Registrar. A writer who comes from the part of France where it's always sunny, Baptiste attended business school and is passionate about diversity in film. But what he really loves is making up stories and writing narrative fiction.